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13 mars 2006
12 mars 2006
16 janvier 2006
Avant-première
Il y a vingt minutes, je franchissais les quais de la Vilaine, venant du Gaumont, rentrant dans mon studio. Je sanglottais encore tout en marchant d'un pas mal assuré, dans des rues désertes. Il ne faisait pas très froid. Je m'étais un peu habillé, avec le polo orange que j'aime tant. J'avais à la main un ridicule parapluie pliable qui ne servait à rien et un sachet Fnac avec "Le Monde" de dimanche-lundi. La présence métallique des clés (celle de la porte, celle de la boîte aux lettres) me rassurait un peu. J'aurais tant aimé être serré dans les bras de quelqu'un que j'aime. Malgré l'heure relativement peu tardive, pas encore 23 h, n'y avait personne dans les rues, vraiment personne, que de lointains échos de pas ou de feuilles remuées par le vent. Et personne ne m'attendait chez moi.
Frédéric avait appelé en mon absence sur le portable. Je l'ai rappelé à peine rentré. Il y avait, comme toujours, comme souvent, la qualité, la lucidité de l'écoute, la complicité qui réchauffe le cœur. Des silences lourds. J'ai eu envie de pleurer et par pudeur, j'ai raccroché. Une de nos plus belles conversations n'avait pas duré dix minutes. Il me croyait à Berlin… alors que je n'étais qu'à Rennes, "chez moi". Je ne suis pourtant chez moi qu'à Rokovoko ou à Brokeback ou ailleurs. Peut-être même pas sur cette belle et immense planète. Ou alors sur les bords éternels de la Méditerranée. Ce n'est que par la poésie que l'homme habite Gaïa — c'est un philosophe allemand qui l'a dit, pas moi.
Faut-il que je remercie infiniment M. Ang Lee, un américain de Taiwan pour le cadeau qu'il m'a fait ? Si le film ne débute qu'en 1963, comme la nouvelle d'Annie Proulx — je n'avais pas un an —, on ne situe pas vraiment sa fin avec exactitude mais incontestablement Heath Ledger/Ennis del Mar est maquillé pour avoir la quarantaine. Il faudrait réécrire l'histoire et tout décaler de vingt ans pile. Revenir en arrière, rêve impossible ! Les vrais lieux, les vraies passions n'existent pas, c'est Melville, cette fois-ci qui le dit. Elles ne sont que dans notre tête. Dans ma tête parfois.
Les moments magiques, comme ce soir à Helsinki (tiens, c'était en 1983). Pourquoi n'ai-je rien fait alors qu'il n'attendait que moi ? Certes, il avait bu — ce n'était pas un Finlandais pour rien. Mais je lui plaisais. Ma vie n'est que refus, fuites et faux-semblants malgré les bons moments passés. Les moments extraordinaires comme cette nuit magique dans le village de Poland. Ou quand Terri s'est allongé sur mon lit. Je ne veux pas voir les signes. Je ne suis sans doute pas fait pour aimer. Pour me laisser emporter par le courant. Je veux garder le contrôle.
On ne rattrape pas le temps perdu, même quand on s'appelle Proust — et je suis loin de pouvoir le devenir un jour, d'autant que mon asthme est presque guérie. J'ai beau avoir pour dieu(s), sans majuscule, tout le temple qui est né avec Homère et qui ne sera jamais terminé, je me sens bien désarmé par moments. Qui va écouter mes histoires ? Qui va m'entendre radoter ? Mes voyages, mes musiques, mes films. Qui saura voir l'éclat dans mes yeux ? Qui saura me consoler ? Qui me dira que je me trompe ? Personne, sans doute.
Madeleine, celle qui essuie avec ses cheveux les pieds d'un prophète oriental, aurait dû mal ce soir à sécher mes larmes, mon cœur blessé. La seule chose que je me sente capable de faire est d'écrire ces lignes un peu ridicules, n'est-ce pas Pessoa auquel j'envie la lucidité effrayante et les îles fortunées. Celles du poème intraduisible par lequel commence ce blog.
Avant-première
Il y a vingt minutes, je franchissais les quais de la Vilaine, venant du Gaumont, rentrant dans mon studio. Je sanglottais encore tout en marchant d'un pas mal assuré, dans des rues désertes. Il ne faisait pas très froid. Je m'étais un peu habillé, avec le polo orange que j'aime tant. J'avais à la main un ridicule parapluie pliable qui ne servait à rien et un sachet Fnac avec "Le Monde" de dimanche-lundi. La présence métallique des clés (celle de la porte, celle de la boîte aux lettres) me rassurait un peu. J'aurais tant aimé être serré dans les bras de quelqu'un que j'aime. Malgré l'heure relativement peu tardive, pas encore 23 h, n'y avait personne dans les rues, vraiment personne, que de lointains échos de pas ou de feuilles remuées par le vent. Et personne ne m'attendait chez moi.
Frédéric avait appelé en mon absence sur le portable. Je l'ai rappelé à peine rentré. Il y avait, comme toujours, comme souvent, la qualité, la lucidité de l'écoute, la complicité qui réchauffe le cœur. Des silences lourds. J'ai eu envie de pleurer et par pudeur, j'ai raccroché. Une de nos plus belles conversations n'avait pas duré dix minutes. Il me croyait à Berlin… alors que je n'étais qu'à Rennes, "chez moi". Je ne suis pourtant chez moi qu'à Rokovoko ou à Brokeback ou ailleurs. Peut-être même pas sur cette belle et immense planète. Ou alors sur les bords éternels de la Méditerranée. Ce n'est que par la poésie que l'homme habite Gaïa — c'est un philosophe allemand qui l'a dit, pas moi.
Faut-il que je remercie infiniment M. Ang Lee, un américain de Taiwan pour le cadeau qu'il m'a fait ? Si le film ne débute qu'en 1963, comme la nouvelle d'Annie Proulx — je n'avais pas un an —, on ne situe pas vraiment sa fin avec exactitude mais incontestablement Heath Ledger/Ennis del Mar est maquillé pour avoir la quarantaine. Il faudrait réécrire l'histoire et tout décaler de vingt ans pile. Revenir en arrière, rêve impossible ! Les vrais lieux, les vraies passions n'existent pas, c'est Melville, cette fois-ci qui le dit. Elles ne sont que dans notre tête. Dans ma tête parfois.
Les moments magiques, comme ce soir à Helsinki (tiens, c'était en 1983). Pourquoi n'ai-je rien fait alors qu'il n'attendait que moi ? Certes, il avait bu — ce n'était pas un Finlandais pour rien. Mais je lui plaisais. Ma vie n'est que refus, fuites et faux-semblants malgré les bons moments passés. Les moments extraordinaires comme cette nuit magique dans le village de Poland. Ou quand Terri s'est allongé sur mon lit. Je ne veux pas voir les signes. Je ne suis sans doute pas fait pour aimer. Pour me laisser emporter par le courant. Je veux garder le contrôle.
On ne rattrape pas le temps perdu, même quand on s'appelle Proust — et je suis loin de pouvoir le devenir un jour, d'autant que mon asthme est presque guérie. J'ai beau avoir pour dieu(s), sans majuscule, tout le temple qui est né avec Homère et qui ne sera jamais terminé, je me sens bien désarmé par moments. Qui va écouter mes histoires ? Qui va m'entendre radoter ? Mes voyages, mes musiques, mes films. Qui saura voir l'éclat dans mes yeux ? Qui saura me consoler ? Qui me dira que je me trompe ? Personne, sans doute.
Madeleine, celle qui essuie avec ses cheveux les pieds d'un prophète oriental, aurait dû mal ce soir à sécher mes larmes, mon cœur blessé. La seule chose que je me sente capable de faire est d'écrire ces lignes un peu ridicules, n'est-ce pas Pessoa auquel j'envie la lucidité effrayante et les îles fortunées. Celles du poème intraduisible par lequel commence ce blog.
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